La honte

Aujourd'hui, j'ai honte d'être française.

Quand mon père est allé m'inscrire à la mairie, personne n'a vérifié s'il était bien mon père et si ma mère ne m'avait pas échangée subrepticement avec sa voisine de chambrée à l'hôpital. Et d'ailleurs, quelle importance?
Que je sois la fille naturelle de mes parents ou celles de deux inconnus, mes parents sont mes parents parce qu'ils m'ont éduquée et ont subvenu à mes besoins pendant de nombreuses années.
Cette conception de la parenté me paraît fondamentale. C'est en son nom que l'adoption est possible, par exemple. Toute autre conception me semble présenter quelques relents de théories eugénisto-nazies que l'on espérait éteintes après en avoir en avoir vu les dérives, mais qui ont ressurgi de plus belle avec les progrès de la science ces dernières années.

De plus, quel genre d'immigration Monsieur Sarkozy entend-il bloquer avec son test ADN? Le cousin du marabout qui se fait passer pour le fils de Jamel pour en entrer en France?
Il y en a-t-il tellement de ces cas de fraude, d'abord? Et si Jamel décide de parrainer l'entrée en France du cousin en question, où est le mal que le cousin ne soit pas réellement le fils de Jamel, s'il s'en occupe comme d'un fils?
Que l'on soumette le parrainage à certaines conditions de revenus, je peux le comprendre, et même, en un certain sens, être pour. Après tout, il n'est pas facile de trouver un emploi en France, surtout quand on est immigré, et il est donc normal que le parrain s'engage à subvenir aux besoins du parrainé.
Bref, que l'on s'assure que le nouvel immigrant trouvera à son arrivée des conditions de vie décentes sans que l'État soit immédiatement chargé de subvenir à ses besoins, passe. Mais je ne vois pas de raison d'aller plus loin.

Tout cela me fait penser à une autre affaire, qui agite le Canada, celle de l'imam Jaziri, porte-parole haut en couleurs de la communauté musulmane, renvoyé hier en Tunisie pour être entré au Canada avec un faux passeport et avoir caché lors de sa demande d'asile l'existence d'un casier judiciaire en France. On entend tout et rien sur cette triste affaire (triste car le sieur a une femme et un enfant à naître, tous deux canadiens), et surtout des arguments du type: "il avait qu'à fermer sa gueule" ou "vous vous en prenez à lui parce que vous n'aimez pas ses prises de positions politico-religieuses", qui n'ont bien sûr rien à voir avec le fond de l'affaire, qui est strictement administrative.

Comme le dit Patrick Lagacé dans La Presse aujourd'hui:
"L'imam outrecuidant, pour ceux-là, est LE maudit immigrant, LE proverbial sale foncé qui, sitôt débarqué du bateau, se met à frauder le BS, à corrompre nos femmes et à exiger de pouvoir prier impunément à la cabane à sucre en invoquant la Charte des droits et libertés."

Bref, le débat sur l'immigration en France me semble du même accabit. Le gouvernement français, aussi subtil que la plupart des intervenants dans le débat sur Jaziri, vient d'officialiser que pour lui, le regroupé familial est a priori un profiteur, un magouilleur, un menteur, un "maudit immigrant" dont il faut se protéger. En deux mots, présumé coupable tant qu'il n'a pas prouvé son innocence.
Belle leçon d'humanisme.

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