Au fil de l'eau
En ce moment, mes rêves sont empreints de nostalgie.
Je suis sur les toits de Paris et j'observe la ville de mon enfance. Comme sur une carte postale, la lumière donne aux façades de calcaire une teinte mordorée. L'asphalte brille d'un reflet cuivré. Les passants ressemblent à de petites fourmis qui se dépêchent, mais de quoi? Qu'est-ce qui peut bien donner aux parisiens cet air si affairé?
Rien n'est impossible, mais par quel miracle puis-je ainsi me déplacer? En un instant, me voilà au sommet de la tour Eiffel. La lumière du soir donne à la scène un côté irréel, et le paysage est curieusement déformé. La Seine est à mes pieds et la rive droite s'étend là bas dans le lointain... Je prends mon élan et je me lance dans le vide, les bras écartés.
Quelques secondes en chute libre, un pur bonheur, l'impression d'être un oiseau avant d'ouvrir mon parachute, et me voici qui descends lentement dans le fleuve. Mais c'est maintenant le Saint-Laurent dans lequel je m'enfonce mollement.
Quelques longueurs de crawl et me voici dans les roseaux sur le bord de l'eau. Plus que quelques marches à remonter, et j'aurais rejoint mon abri.
Chaque matin, chaque soir, lorsque je traverse le fleuve dans le tas de ferraille cahotant qui me mène de chez moi à mon travail (aussi appelé prosaïquement bus), je ne peux m'empêcher de lever les yeux de mon livre et de contempler émerveillée le roi des fleuves (du moins tant que je n'aurais pas vu l'Amazone ou le Nil), tantôt souriant, tantôt drapé dans un brouillard d'émotion, tantôt triste à en pleurer. Je suis des yeux les courbes sinueuses de sa robe bleue qui s'éloigne à perte de vue. La gent ailée s'agite, il y a les mouettes, les hirondelles et les hérons, tout aussi soucieux et incompréhensibles que les mystérieux parisiens de mon rêve. Je regarde toujours vers l'Est, et je ne peux m'empêcher de penser qu'au loin, il y a le Pays du Porc-Épic, la Forêt Généreuse, la terre de mes ancêtres et plus loin encore, de l'autre côté de la grande mare, le pays de mes autres ancêtres où vit l'une de mes sœurs, et encore un peu plus loin, la ville de mon enfance, sur les bords d'un autre fleuve, où vivent mes parents et mon autre sœur...
Et c'est l'eau qui fait le lien entre tous ces fantômes qui m'habitent.

Commentaires
Ces rêves qui font liens
Ces rêves qui font liens entre nous. Tu peux les mettre à l,eau comme des petits bateaux, les baleines iront les porter à ceux que tu aimes.
Je pars lundi pour la forêt généreuse, je la saluerai pour toi.
Il faut du courage pour faire
Il faut du courage pour faire face à l'obscurité et la solitude.
- Jean Huntenia
Resume the Courage
Poster un nouveau commentaire