Les windigos modernes
Dans les temps anciens, lorsque ceux de la forêt n'avaient pas de pires ennemis que la faim et le froid, ils parlaient d'un monstre dont le seul nom les faisaient frémir : le windigo. Lorsque la faim vous brûlait les entrailles et que la mort frappait à la porte de votre wigwam, la tentation était grande de céder à la tentation d'un repas facile. Le sinistre windigo au cœur de glace rodait autour de ceux qui s'isolaient du groupe, leur soufflant l'idée de briser le tabou des tabous: se nourrir de son frère, sa sœur, son père, sa mère. Mais gare à celui qui se laissait tenter par la chair humaine, il se transformait à son tour en windigo...
De nos jours, rares sont ceux qui craignent encore le froid et la faim dans nos sociétés occidentales. Les windigos n'en ont pas pour autant disparu. Leur sinistre silhouette continue de rôder autour de nous, ils se sont juste adaptés au nouveau visage de l'humanité, à la nouvelle faim qui nous dévore, la quête de richesses. La bourse est sans doute un repère de windigos, qui ne nourrissent de la souffrance du tiers-monde. Mais plus près de nous, combien de patrons, de politiciens, de financiers véreux vivent ainsi de la sueur et du sacrifice des autres? Combien s'enrichissent sans souci des conséquences de leurs choix économiques sur le quotidien et la vie de leurs employés? Combien de vie brisées pour ceux qui se sont fait licencier, combien de personnes qui peinent à joindre les deux bouts parce qu'elles sont payées au lance-pierre, combien de dépressions pour ceux qui se font malmener par des supérieurs peu respectueux? Le monde n'a peut-être jamais été aussi plein de windigos. Le pire est sans doute qu'autrefois, les windigos se cachaient pour commettre leurs méfaits, mais que maintenant, leur nuisance s'étale au vu et au su de tous. Certains en font même une fierté. Notre monde va bien mal.
Il existait autrefois des tueurs de windigo, dont la charge était de renvoyer ces monstres dans le néant dont ils venaient. Ceux de la forêt, qui pourtant étaient à bien des égards bien plus tolérants que notre société moderne, considéraient que nul ne pouvait guérir d'avoir commis l'ultime péché. Quel sort doit-on alors réserver aux windigos modernes?

Commentaires
Oui, le tabou du
Oui, le tabou du cannibalisme. Le mythe du windigo est bien utile, la chair humaine ne soulage pas la faim mais au contraire l'augmente. je me suis fait expliqué il n,y a pas longtemps que ce mythe pouvait avoir une autre utilité.
Les sociétés des gens de la forêt, supportent chacun de ses membres quelques soient ses forces, ses faiblesses ou ces maladies. Quand un membre est malade, physiquement ou socialement, on forme un cercle de guérison pour le ramener le membre dans la communauté. On tentera de le ramener aussi souvent que nécessaire, mais il est arrivé, très rarement, mais il est arrivé que le malade soit incurable malgré toutes les tentatives.
parfois, il faut exclure, chasser ce membre incapable de vivre dans le groupe... il y a de forte chance qu'il soit dévoré par un windigo.
maintenant on juge condamne et exclue à la première offense sans se demander la source de la maladie ni la voie de guérison. La preuve est maintenant faite que condamner et exclure ne diminue pas la criminalité au contraire.
Oui la peur du châtiment peu agir sur la guérison, mais il faut d,abord que des gens s'occupent de guérison.
Ah, oui, du point de vue du
Ah, oui, du point de vue du traitement (dans tous les sens du terme) des a-normaux, quels qu'ils soient, nous aurions beaucoup à apprendre des amérindiens.
Je suis persuadée qu'avant de sévir, il faut écouter, prévenir et tenter de guérir. Mais le cynisme de certains puissants me laisse quand même un goût amer.
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