société

60 ans d'hypocrisie

On fête aujourd'hui les 60 ans de la Déclaration universelle des droits de l'Homme. J'aurais pu vous faire un article sur toutes les belles choses mais aussi les incohérences et les stupidités que l'on trouve dans cette déclaration, pleine de wishful thinking et largement inspirée par l'esprit bourgeois qui fut à l'origine de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Car la première déclaration, tout comme celle des Nations Unies, n'est en rien l'expression d'idées populaires (au sens de peuple), mais bien plutôt celle de la bourgeoisie, comme Marx l'a si bien démontré.
L'article qui me semble le plus choquant et le plus absurde est l'article 17:
1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
Si on m'avait demandé mon avis, j'aurais plutôt dit que nul ne devrait avoir droit à la propriété... J'ai toujours eu du mal à comprendre que certains s'approprient des choses au nom du fait que leurs ancêtres étaient plus aptes que la moyenne à lécher le cul des puissants ou à arnaquer leurs concitoyens...

Enfin bref, il se trouve qu'hier la FAO a publié ses premières estimations: 963 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde, soit un humain sur 6 ou 7.
À l'heure où les gens s'interrogent sur l'application des droits de l'homme en France ou au Liberia, il serait bien de leur rappeler que le premier et le plus fondamental des droits est celui de vivre et qu'à l'ère de la prospérité moderne, il est absolument injuste de laisser tant de personnes sur le bord du fossé.

Ce serait comique si c'était pas tragique

La maladie moderne de la consommation tue, qu'on se le dise.

(bien sûr, elle tue de bien d'autres façons aussi, hein)

WTF *&?!*

Hier, je révisais tranquillement une traduction d'un célèbre site de recherche d'emploi en ligne, lorsque, parmi les pages destinées au patronat, je tombe sur une phrase qui veut dire en gros "vous pouvez être radin sur les salaires et les avantages sociaux si vous êtes un patron sympa".

J'ai failli tomber de ma chaise.
Que la plupart des patrons le pensent, ce n'est guère surprenant.
Qu'un rédacteur se permette de le dire tout haut, comme s'il n'y avait rien là de choquant, je me dis que le monde va bien mal.

De la ville et de la forêt

La nouvelle du jour, c'est ça. Je ne dis pas ça du tout parce que j'ai longtemps rêvé d'être archéologue et de me spécialiser dans les civilisations précolombiennes, mais pour deux raisons.

D'abord, à bien y réfléchir, ce n'est pas vraiment une « nouvelle ». Je veux dire par là que la découverte de l'existence de cités-états amazoniennes n'est finalement que la confirmation de ce qu'on pouvait logiquement supposer en réfléchissant sur l'histoire de cette région.
La civilisation Inca naît aux environs de 1200 à Cuzco, au Pérou avant d'envahir toute la côte ouest, aux environs de 1400.
Or le génie des Incas, c'est qu'il ne s'agit pas d'un peuple de créateurs, mais d'un peuple qui a su donner une structure et une unité politique à une énorme région en « assimilant » les cultures locales. Le quechua, la langue de l'empire inca, n'est pas la langue des Incas, c'est la lingua franca de la région, qu'ils adoptent et répandent. Il n'y a pas d'ingénieurs incas à proprement parler, mais des savoirs issus d'autres empires que les incas conquièrent tour à tour et dont ils intègrent sans complexe les coutumes les plus intéressantes. Le vrai génie des Incas, c'est de greffer leur structure étatique sur celles qui existaient avant eux.
Par son histoire, finalement, l'empire des Incas me fait penser à celui d'Alexandre : un grand conquérant qui eut le génie de réutiliser les structures locales à son avantage. Ne pas détruire, non, assimiler. Ce fut aussi la force des Incas. Oh, mais tiens, oui, mais Alexandre était... grec. Et qu'est-ce que la Grèce antique, hein? Une constellation de cités-états. Voilà un parallèle intéressant.
Or, si on y regarde de plus près, l'une des hypothèses concernant la mystérieuse origine des Incas, est qu'il s'agit d'un peuple issu de l'Amazonie. Il me semble difficile de croire qu'un peuple d'indiens « primitifs » à l'image de la vision que les gens se font généralement de ceux de l'Amazonie (dont je suis sûre qu'elle est parfaitement fausse, d'ailleurs) ait subitement eu le génie de créer un état fondé sur sa force politique, du grec polis, la cité. Il me semblerait donc logique de supposer que les Incas s'y connaissaient en matière de ville.  Et je vous le donne en mille : traversez les Andes depuis Cuzco pour vous rendre au Brésil et vous tombez sur... bingo! le Haut-Xingu!

Ensuite, et c'est là que ça devient vraiment intéressant pour tous, c'est que contrairement à ce que nous raconte notre imaginaire collectif, s'il a existé des cités-états en Amazonie il y a 600 ans, c'est qu'il semblerait que la forêt et la ville ne soient donc pas totalement incompatibles, parce que bien que la forêt ait eu le temps de recouvrir les cités en question, je doute qu'elle soit partie de zéro pour reconquérir ces territoires. Comment ces cités étaient-elles organisées? Quel était leur rapport avec la forêt? Pourquoi se sont-elles écroulées? Est-ce une question d'équilibre écologique ou de maladies européennes, comme ce fut trop souvent le cas dans l'Amérique récemment découverte?
J'avoue que je suis maintenant très curieuse de lire l'article en entier. Car comprendre comment on peut vivre en ville et en forêt est possible, moi, j'avoue, ça m'intéresse grandement.

Le retour des accomodements raisonnables

Ça y est, ils sont de retours, cette fois-ci grâce à notre clown raciste national, qui craint que le rapport de la commission Bouchard-Taylor ne soit teinté d'à-plat-ventrisme devant les minorités.

Je ne saurais trop recommander aux sectaires de tous bords (québéco-québécois comme minorito-minoritaires) la lecture des Identités meurtrières d'Amin Maalouf. C'est un très joli livre sur la notion d'identité, les problèmes de mélange et d'intégration, ainsi que sur la dérive de l'identité (nécessairement plurielle) qui devient meurtrière lorsque, au gré des circonstances extérieures, notre identité finit par se polariser sur une seule de nos appartenances.

Et il est évident que l'ostracisme est l'une des principales causes de ce repli sur soi, qui mène à l'intolérance et à la haine.
Comme Amin Maalouf, je crois au métissage, à ces gens qui, à la frontière de plusieurs appartenances, assument pleinement leur identité multiple, et qui servent de pont entre les différentes communautés.
Gérer ses multiples appartenances n'est jamais simple. Ça l'est sans doute encore moins lorsqu'on quitte un pays pour en adopter un nouveau.
Mais être immigré, c'est n'être ni tout à fait d'ici ni tout à fait de là-bas. Et bien souvent, les immigrés doivent apprendre à vivre à la frontière - à la fracture presque - de deux mondes radicalement opposés. Il s'agit donc de leur tendre la main pour les aider à assumer et à résorber ces oppositions internes, afin de déboucher, demain, sur une société immensément riche de ses multiples métissages.
Sans ouverture, aucune intégration n'est possible.

Pfff

Le quota de phoques de 2008 vient d'être publié. Cette année, Pêches et Océans a augmenté le quota de 5 000 phoques. Seul autre changement notable, il est maintenant demandé aux chasseurs de trancher les artères du phoque, afin de minimiser sa souffrance. Mais la traditionnelle chasse a l'agapik n'a pas été révolue pour autant.
Et là, tout de suite, je sens que la saison des bardoteries ne va pas tarder à commencer.

Pour ceux qui cherchent une bonne cause, il y a des choses plus graves que de stigmatiser les Canadiens pour la chasse au phoque.
Tiens, par exemple, le Tibet.
C'est curieux que le Parlement européen s'apprete à interdire les produits du phoque, plutot que ceux de l'esclavage et de l'impérialisme.
Décidément, nous n'avons pas les memes valeurs.

Le français menacé?

Voilà qu'est parue hier une étude qui fait grand bruit: le rapport de l'OQLF sur la situation linguistique au Québec.

Évidemment, à peine le rapport est-il paru que les nationalistes de tous bords crient au feu, ma bonne dame, le français se perd! Et le gouvernement (des vilains libéraux anti-indépendantistes) ont voulu nous le cacher en exerçant des pressions sur l'OQLF pour qu'il publie ce rapport le plus tard possible! Et de brandir des chiffres aussi significatifs que moins de 50% des Montréalais de l'île sont de langue maternelle française, et il y a 2% de francophones au Québec en moins par rapport à 2001... Mamma mia, ça y est, Ronald est à notre porte et va nous manger tous crus (ah, non, c'est déjà fait, ça, en fait)!

Mais si l'on fait fi des titres alarmistes qui fleurissent ça et là, que constate-t-on réellement? (non je ne me suis pas tapée les 200 pages du rapport, je me suis contentée des grandes lignes)

Tout d'abord, c'est vrai, le nombre de personnes de langue maternelle française est passé de 82% à 81,4% entre 1991 et 2001 et de 81,4% à 79,6% entre 2001 et 2006. Mais le nombre de personnes de langue maternelle anglaise a lui aussi baissé (quoique moins significativement): il est passé de 9,2 à 8,3 puis 8,2%. Bref, c'est le nombre de personnes allophones qui a augmenté. Ce qui n'a en soi absolument rien d'étonnant: le Québec commence à payer la baisse de la fécondité, et tout ce que ces chiffres prouvent, c'est qu'il y a de plus en plus d'immigrants. Waouh, trop trop impressionnée je suis.
Cela dit, personnellement, que les gens parlent chinois, javanais, arabe ou bambara en mangeant leur soupe le soir, j'en ai comme qui dirait rien à cirer. Chacun son métier et les vaches seront bien gardées, comme dit la sagesse populaire. Ce n'est donc pas tant de savoir quelle langue les gens parlent en famille qui est intéressant, mais plutôt en quelle langue ils étudient et ils travaillent.
Et là, comme de par hasard, le français semble en progression: en 1971, 84,3% des élèves fréquentaient l'école française (donc 15,7% l'école anglaise). En 2006, ils sont 89% contre 11%. Bien plus, le nombre d'élèves qui auraient le droit d'étudier en anglais mais qui choisissent le français augmente. Au travail (cette fois-ci, les chiffres datent de 2001), 92,8% des gens en région déclarent travailler uniquement ou principalement en français, 72,4% dans la région de Montréal et 64,8% dans l’île. Même sur le plan de la culture (*tousse*), il semblerait que le français progresse.

Bref, inutile de dresser l'étendard, même si le français n'occupe pas 100% de la place à Montréal. Il semble en progression dans la sphère publique, et c'est finalement le principal. Reste à le confirmer sur cette lancée au lieu de jouer une fois de plus les nationalistes bornés qui ne croient qu'aux bons petits québécois pure laine...

Omar Khadr, suite (et pas fin)

Aujourd'hui se tenait l'audience sur la validité des poursuites contre Omar Khadr (voir ici).
L'occasion pour moi de jeter à nouveau l'opprobe sur le Canada - gouvernement comme partis politiques d'opposition d'ailleurs - qui ne fait rien pour protéger l'un de ses citoyens : Amnistie Internationale, plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, 18 des plus grands juristes mondiaux crient au scandale, mais c'est à peine si on en parle chez nous.
L'occasion aussi de s'émouvoir encore une fois devant le bon sens, la rhétorique, l'éthique de Robert Badinter.
Décidément, ce type est admirable.

Abel et Caïn

À la suite d'un précédent billet, je m'interroge : quelque part, nous avons tous le sentiment que nous méritons notre argent, notre niveau de vie, notre bonheur... Nous avons travaillé pour, après tout.
Mais si l'on y réfléchit un peu plus, la vérité est bien cruelle... Qu'avons-nous donc fait pour mériter de naître blancs et riches au lieu de noirs et pauvres? En quoi ai-je mérité de me trouver, avant même ma naissance, dans les quoi? 15% de personnes les plus riches au monde, et jouir ainsi de la perspective d'avoir un bon niveau d'études, un beau métier, ma confortable petite maison de banlieue, une nounou pour mes enfants et une petite niche assortie à ma maison pour mon chien?

Tout le monde sait que Caïn tua son frère Abel. Mais en général, les gens en ignorent la raison: Caïn était jaloux d'Abel, car Dieu avait agréé l'offrande d'Abel, mais pas celle de Caïn. Or la Bible ne dit strictement rien des raisons divines. Le passage est plutôt laconique:

Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J'ai formé un homme avec l'aide de l'Éternel. Elle enfanta encore son frère Abel. Abel fut berger, et Caïn fut laboureur. Au bout de quelque temps, Caïn fit à l'Éternel une offrande des fruits de la terre; et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande; mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu. (à la suite de quoi, il tue son frère)

Dès l'origine, Caïn est le mal-aimé, qui doit tirer sa substance du sol "à la sueur de son front", tandis que son frère fait tranquillement paître les troupeaux. Et pourtant, son offrande, plus chèrement obtenue que celle de son frère, ne plait pas à Dieu, dont le jugement semble arbitraire et injuste. Pour un peu, on comprendrait presque la colère de Caïn...
 
Tels Abel, nous avons la chance de mener une vie facile.
Mais finalement, nous sommes tous des Caïns virtuels, n'hésitant pas à abandonner nos frères à leur triste sort pour que nos désirs soient satisfaits.
Le pire est que nous n'éprouvons généralement aucun remords face à cet état de choses que nous jugeons "normal" et nous continuons notre petite vie tranquille comme si de rien n'était...
'Sti que le monde est mal fait.

Toutes les 8 secondes...

DAKAR, 8 novembre (XINHUA) -- Près de cinq millions d'enfants  meurent chaque année avant l'âge de cinq ans en Afrique  subsaharienne et 25% de ces enfants sont des nouveaux-nés, a  révélé la directrice régionale adjointe d l'Unicef pour L'Afrique  de l'Ouest et du Centre, Barbara Beintein au cours du 4e Congrès  de l'Association des pédiatres d'Afrique noire francophone, citée  jeudi par la presse locale. (source)

Toutes les 6 secondes, un enfant meurt en Afrique subsaharienne.
Pendant ce temps-là, certains s'inquiètent des cours de la bourse et s'étonnent, voire s'offusquent, que les survivants veuillent émigrer en masse...

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