Voilà qu'est parue hier une étude qui fait grand bruit: le rapport de l'OQLF sur la situation linguistique au Québec.
Évidemment, à peine le rapport est-il paru que les nationalistes de tous bords crient au feu, ma bonne dame, le français se perd! Et le gouvernement (des vilains libéraux anti-indépendantistes) ont voulu nous le cacher en exerçant des pressions sur l'OQLF pour qu'il publie ce rapport le plus tard possible! Et de brandir des chiffres aussi significatifs que moins de 50% des Montréalais de l'île sont de langue maternelle française, et il y a 2% de francophones au Québec en moins par rapport à 2001... Mamma mia, ça y est, Ronald est à notre porte et va nous manger tous crus (ah, non, c'est déjà fait, ça, en fait)!
Mais si l'on fait fi des titres alarmistes qui fleurissent ça et là, que constate-t-on réellement? (non je ne me suis pas tapée les 200 pages du rapport, je me suis contentée des grandes lignes)
Tout d'abord, c'est vrai, le nombre de personnes de langue maternelle française est passé de 82% à 81,4% entre 1991 et 2001 et de 81,4% à 79,6% entre 2001 et 2006. Mais le nombre de personnes de langue maternelle anglaise a lui aussi baissé (quoique moins significativement): il est passé de 9,2 à 8,3 puis 8,2%. Bref, c'est le nombre de personnes allophones qui a augmenté. Ce qui n'a en soi absolument rien d'étonnant: le Québec commence à payer la baisse de la fécondité, et tout ce que ces chiffres prouvent, c'est qu'il y a de plus en plus d'immigrants. Waouh, trop trop impressionnée je suis.
Cela dit, personnellement, que les gens parlent chinois, javanais, arabe ou bambara en mangeant leur soupe le soir, j'en ai comme qui dirait rien à cirer. Chacun son métier et les vaches seront bien gardées, comme dit la sagesse populaire. Ce n'est donc pas tant de savoir quelle langue les gens parlent en famille qui est intéressant, mais plutôt en quelle langue ils étudient et ils travaillent.
Et là, comme de par hasard, le français semble en progression: en 1971, 84,3% des élèves fréquentaient l'école française (donc 15,7% l'école anglaise). En 2006, ils sont 89% contre 11%. Bien plus, le nombre d'élèves qui auraient le droit d'étudier en anglais mais qui choisissent le français augmente. Au travail (cette fois-ci, les chiffres datent de 2001), 92,8% des gens en région déclarent travailler uniquement ou principalement en français, 72,4% dans la région de Montréal et 64,8% dans l’île. Même sur le plan de la culture (*tousse*), il semblerait que le français progresse.
Bref, inutile de dresser l'étendard, même si le français n'occupe pas 100% de la place à Montréal. Il semble en progression dans la sphère publique, et c'est finalement le principal. Reste à le confirmer sur cette lancée au lieu de jouer une fois de plus les nationalistes bornés qui ne croient qu'aux bons petits québécois pure laine...
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